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Le docteur Emeric Epstein nous a quittés le 23 octobre 2004.
En
même
temps, après l'invasion de l'URSS par l'Allemagne,
il entre dans la Résistance à temps plein, dans les
FTP-MOI (Francs tireurs partisans - Main d'œuvre immigrée) -
groupe hongrois. On est fin 1942. Les membres de ce groupe parlant
couramment allemand sans accent, sont chargés du «travail
allemand» : il s'agit de déposer des tracts et des
journaux
anti-nazis dans les casernes et autres lieux réservés aux
Allemands (cafés, autobus, cinémas, tramways,
hôpital Purpan...), parfois de nuit, pour saper le moral des
troupes allemandes et inciter les soldats à déserter.
Emeric est chargé aussi de prendre en charge des
déserteurs (souvent des Autrichiens et des Croates) et de
les conduire au maquis; il s'occupe également de brigadistes
évadés... Le danger de telles activités se passe
de commentaires... Beaucoup de ses amis sont arrêtés... Il
en réchappe de justesse, souvent grâce à ses
qualités sportives (excellent coureur...). Parmi ses compagnons
de lutte, se trouvent des membres de la grande famille de peintres
hongrois Vagh Weiman, des chimistes Georges Engel, Miki Hodos.
Un
jour, il voit
arriver un groupe de très jeunes prisonniers
dont personne ne comprend la langue étrange... Il s'agit de
jeunes Hongrois entre 14 et 16 ans, enrôlés de force dans
l'armée allemande. Emeric prend contact avec les
autorités militaires et les familles en Hongrie, et organise le
rapatriement de ces enfants.![]() |
LE CHANT DU JACOBIN HONGROIS
Le sang jaillit au bout des doigts Quand nous t'effleurons Toi, pauvre Hongrie endormie... Existes-tu et existons-nous? L'espoir est-il au bout de l'attente ? Nos yeux et nos âmes languissent. Est-ce qu'un jour se réveillera La Babel des peuples esclaves ? Pourquoi de mille souhaits engourdis Ne surgit pas un fort dessein, Car la détresse hongroise, valach et slave Reste toujours la même détresse. Nos humiliations, notre amertume Parents depuis mille ans... Pourquoi nous ne sommes pas unis Hurlant, sur les barricades de l'esprit ? Danube, Olt, ont la même voix Grondement étouffé, moribond .... Dans le pays d'Arpad, malheur à celui Qui n'est seigneur ou brigand! Quand serons-nous unis Pour crier quelque chose de fort Nous les brisés, les soumis Hongrois et non Hongrois! Jusqu'à quand les bandits seront-ils chefs, Et nous - les millions - la horde ramollie, Jusqu'à quand le peuple de Hongrie Restera un oisillon au nid? Hongrie de mendiants tristes, Encore sans foi et sans pain, Demain tout sera à nous Si nous voulons, si nous osons ! (traduit par Emeric Epstein, le
27 décembre 1989)
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Eté 1930
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1980![]() |
C'est
en 1940, à la fin de l'été que j'ai fait leur
connaissance, au cours d'une rencontre amicale chez des hongrois,
nombreux à Toulouse (tous, étudiants ou jeunes
ingénieurs chimistes). Rapidement, une sympathie mutuelle s'est
créée, et je fus invité chez eux à
déjeuner. Ils habitaient une villa dans le quartier de la Croix
daurade. Je fus ébloui par les nombreux tableaux qui pendaient
sur les murs et dans un atelier où Maurice Vagh Weinmann
peignait. De surprise en surprise, je compris bientôt qu'en fait,
ils étaient trois frères et qu'ils peignaient. Maurice,
le second en âge, paraissait le chef de famille. Il cohabitait
avec Nandor, son épouse et ses fils. Elemér, marié
également habitait à part. Le repas se passait bien, mais
j'étais étonné que les épouses de Maurice
et Nandor n'y participent pas. Elles servaient leur maris, leurs fils
et moi. Je me permis de poser une question sur la cause de cette
habitude. II me fut répondu «qu'en Hongrie, dans leur
milieu,
les femmes ne participaient pas aux repas assises à
table», mais
qu'elles bénéficiaient de tout le respect et l'amour de
leurs mari et fils.| «L'Association Franco-Hongroise est
indissociablement
liée
à son nom, à son enthousiasme. [...] . Par son engagement
pour son pays natal, par ses liens profonds avec la France, par son
respect pour les valeurs humaines et par sa gentillesse, dans son
domaine, il fut un «grand européen» avant
l'ère, et il
nous reste parmi les franco-hongrois et hungaro-français les
plus valeureux qui enrichissaient par leurs vies et leurs
activités, l'histoire des communautés hongroises
installées en France, en quelque sorte notre histoire commune .
Il nous quitte donc le jour de la fête nationale hongroise, celle
de la Révolution de 1956...Je suis persuadé que bon
nombre de Hongrois et de Français garderont sa
mémoire.» M . Csernus, directeur de l'Institut Hongrois de Paris. |
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| «Je viens
d'apprendre la disparition du Docteur Emeric
EPSTEIN. C'est une personnalité exceptionnelle qui vient de nous quitter. Homme de courage qui s'est engagé dans la résistance, il a tout au long de sa vie, pris position pour aider les réfugiés politiques, notamment après les événements de 1956 en Hongrie. Au sein de l'association toulousaine franco-hongroise qu'il a créée, il a montré son attachement à la Hongrie, sa terre natale, et a su œuvré toute sa vie, pour l'amitié entre les peuples.» Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé et de la Protection Sociale. |
«C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai
appris le
décès accidentel de votre mari, le Docteur Emeric EPSTEIN. Sa disparition est cruellement ressentie par tous ceux qui l'ont apprécié et connu. Avec Emeric EPSTEIN, c'est une personnalité du monde de la Résistance et de l'engagement au service des exilés et des réfugiés politiques, qui disparaît.» Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse. |
